Discours de Paul Mélizan au Banquet des Anciens

 


Le problème des diplômes

           

Mes chers amis,
    Le sujet qui vous est proposé est un sujet qui dépasse de beaucoup, à l'heure actuelle, la question scolaire. Vous savez que la natalité en France augmente et a augmenté considérablement ; que d'ici sept à huit ans au plus, il faudra trouver de nouveaux emplois à un nombre considérable de jeunes qui vont arriver à la vie. Cette montée démographique pose des problèmes nationaux considérables et des problèmes politiques considérables. Pour vous les faire toucher du doigt, je vous donne trois exemples qui se sont déroulés dans mon bureau.
Il m'a été amené il y a quelques années, un garçon qui doit avoir aujourd'hui 22 ou 23 ans, accompagné par un vicaire d'une paroisse de Marseille, qui me dit :
"Le garçon a 18 ans, il est l'aîné de cinq enfants ; son père est facteur. Il vient d'être renvoyé du Lycée St-Charles, non pas parce qu'il est un élève indiscipliné, mais parce qu'il a échoué au baccalauréat et que les règlements universitaires défendent qu'un garçon de 18 ans redouble. Comme il n'a pas de certificat d'études, n'a pas le BEPC, qu'il n'a aucun diplôme, il ne peut plus rien faire dans la vie, et en même temps, il n'a pas un métier manuel. Par conséquent, c'est un déclassé. C'est un garçon intelligent, voyez si vous pouvez le prendre chez vous pendant un an. Vous l'instruirez puis vous verrez".
Bon.Il est venu, il est devenu un élève très correct, il a passé le baccalauréat, il est aujourd'hui - je crois - instituteur.


   Cette année-ci, à la rentrée, un autre cas que je n'ai pas pu prendre parce que je n'avais plus de place. Ce garçon m'a tenu à peu près le raisonnement suivant : "J'ai été au lycée ; l'année dernière au mois d'avril, j'ai eu une fluxion de poitrine, je suis tombé malade. J'ai échoué au baccalauréat, j'ai 18 ans ; le lycée ne me reprend pas. Je n'ai pas de diplôme, ma famille n'a point d'argent pour me mettre dans une école privée ni même pour prendre des cours par correspondance. Par conséquent, je n'ai plus rien à faire".

 

discours Paul-Melizan 1960 au fond d'une impasse

                                      

  Monsieur Paul Mélizan en plein discours (1960)           " Au fond d'une impasse, vient qui veut."
                                                                    
       
      Tant qu'il y en a un, deux, trois, quatre, ça va, mais le jour où il y en aura cent mille, quelle sera la situation ? Or, à l'heure actuelle, l'organisation de la société française est telle qu'un peu partout, pour pénétrer, il faut avoir des diplômes, mais ces diplômes ont été conçus, tous, par une société dont la population ne bougeait pas. Car, un diplôme on peut le concevoir de deux manières - ou bien c'est un ticket pour entrer quelque part, ou bien c'est un droit pour s'asseoir à un conseil d'administration.
Si vous préférez - ou bien c'est simplement un moyen de pénétrer dans une carrière, ou bien c'est un diplôme de noblesse par lequel on est sûr d'avoir une situation et de la poursuivre jusqu'au bout : ce diplôme étant accordé à un âge extrêmement bas, c'est-à-dire entre 20 et 25 ans. Il y a là un danger d'ordre social. La population augmentant et - forcément - les moyens de production devant augmenter ne serait-ce que pour la nourrir, il faut augmenter le nombre de diplômes, c'est-à-dire le nombre de ceux qui auront le droit de faire une carrière.
Mais alors le diplôme, à ce moment là, ne peut plus être un droit absolu de suivre sans effort une carrière ; il ne peut être qu'un début pour entrer dans une carrière. Par conséquent, la notion des diplômes telle qu'elle est en France depuis 60 ans à peu près, est périmée. Elle ne correspond plus à l'état social qui est en train de se créer devant nous, devant vous, auquel vous avez contribué par vos nombreuses familles et devant lequel, par conséquent, vos enfants vont se trouver dépourvus.


    Ce que je vous dis là, commence à pénétrer dans les sphères générales. Jusqu'à maintenant et depuis 30 ans surtout, par suite de l'évolution des classes populaires et surtout depuis la gratuité des lycées, le nombre des enfants qui se présentaient devant les examens donnant droit à des carrières augmentait, mais comme le nombre de ces carrières n'augmentait pas, alors on augmentait indéfiniment la difficulté des diplômes de manière à ce que, il n'y ait jamais que le même nombre qui soit admis. Arrivé à ce degré, à ce niveau, le diplôme n'est plus assimilable par le candidat.

    La part de chance, qui est incluse dans tout examen, augmente dans des proportions considérables et le diplôme ne donne plus ce que l'on en attendait. Il est insuffisant et il n'est pas sélectionneur. Il est un mauvais moyen de tester.

Il a toujours été en France, dans beaucoup de cas, un mauvais moyen.

    On ne s'en est pas aperçu pendant longtemps, mais je puis vous citer le fait suivant qui est extrêmement grave, et qui pourra vous éclairer sur un certain nombre de points.
Les hasards de la vie m'amènent un jour à causer longuement avec un Officier Supérieur d'Artillerie, lequel me dit : "je suis en train de faire une émission spéciale pour laquelle j'ai été choisi par le Maréchal de Lattre. Le Maréchal de Lattre m'a posé le problème suivant : il m'a dit, "prenez tous les moyens que vous voudrez pour le résoudre".
Voilà le problème : Les examens d'entrée à l'Ecole Saint-Cyr pour former les officiers sont absolument invraisemblables. Ils ne peuvent en rien sélectionner les capacités militaires de ceux qui passent cet examen et moi, de Lattre, qui ai fait une brillante carrière, j'ai failli y être refusé parce que je ne savais pas une question de chimie qu'on m'a demandée pour entrer à Saint-Cyr alors que je n'ai jamais plus fait de chimie de ma vie ! Le problème est le suivant : Pourquoi les officiers de la guerre 14-19 qui ont passé un examen plus simple ont-ils été cependant des officiers brillants et pourquoi le même examen, mal fait, a-t-il donné au contraire des officiers de qualité inférieure dans la période qui va de 14 à 39 ?
Voilà le problème, tachez de le résoudre..."

 

 

Paul Mélizan pendant la guerre de 14-18


PM 1915        
   Cet officier d'artillerie s'est adressé à deux ou trois professeurs de Sorbonne qui sont spécialistes de psychologie expérimentale et, de l'effort qu'ils ont fait, il sont arrivés probablement à trouver la réponse.
   Les candidats de l'école de SAINT-CYR, avant la guerre de 14, appartenaient dans la proportion de 80 à 90 % ou à des familles militaires, ou à un milieu militaire, ou à un milieu dans lequel l'armée était très considérée. Les aptitudes dépassaient de beaucoup le diplôme.
Par contre, dans les années d'entre les deux guerres, la proportion a été inversée. Il n'y a plus eu que de 10 à 15% qui étaient de famille militaire ; et alors le diplôme mal "établi" a joué dans toute son ampleur.
   Le même cas s'est produit également, paraît-il, et j'en ai deux exemples typiques, pour la Marine. Il y a quelques années, il y a une grève à Marseille, dans la Marine Marchande parmi les officiers des ponts et des machines. Un des grands armateurs de Marseille avec qui j'étais en relation est un peu charrié dans une conversation à laquelle je prenais part, parce qu'il avait la réputation d'un patron autoritaire, et quelqu'un lui dit : "Vous voyez, même chez vous, il y a la grève !" Alors il nous a répondu : "Mais j'en viendrai à bout ! ..." Quelque temps après on lui dit : "Qu'est-ce que vous avez fait ?" "Ah !", a-t-il répondu, "j'ai appelé un à un, dans mon bureau, tous les jeunes officiers, parce que les anciens capitaines m'ont dit : "C'est pas nous qui faisons grève, ce sont les jeunes". Je les ai appelés, je leur ai parlé un à un, le résultat pour moi est catastrophique ; la plupart m'ont dit :"Mais moi, je ne tenais pas du tout à être marin ; je me suis présenté à 4 ou 5 concours, j'ai réussi à celui-là, je l'ai pris, maintenant vous comprenez cela ne va plus. Pourquoi faites-vous marcher les bâteaux le jour de Noël?" "Pourquoi ? : parce qu'on ne peut pas les arrêter en mer, ce n'est pas possible..."
"Qu'est-ce que vous voulez, on les a pris sans se demander s'ils avaient du goût pour ce métier. Ils ont passé un diplôme, ils se sont présentés à 4 ou 5, ils auraient aussi bien fait n'importe quoi."


   Ils ont celui-là parce qu'ils n'ont réussi qu'à celui-là : ce qui prouve qu'au fur et à mesure qu'on augmente la difficulté pour un diplôme, la difficulté purement théorique, il devient de moins en moins un instrument de sélection, parce que, si l'on y réfléchit, le diplôme obtenu entre 23 et 25 ans, ne témoigne jamais que de deux qualités chez le diplômé. Il témoigne de la mémoire et de la faculté d'assimilation ; ce sont deux facultés intellectuelles qui ne sont que des facultés auxiliaires. Ce sont deux facultés qui ne sont pas les facultés maîtresses.
La première faculté maîtresse, c'est, dans la vie la faculté d'adaptation pour résoudre un problème nouveau devant lequel on se trouve. L'autre faculté maîtresse c'est la volonté, c'est l'énergie, c'est l'endurance. Le diplôme français, purement intellectuel, est un diplôme qui ne relève pas ces qualités. Il ne révèle que les facultés d'ordre intellectuel et des facultés mineures. Elles prouvent que le candidat répète bien le cours du professeur, qu'il l'a assimilé, qu'il l'a compris et que pendant un certain temps, il peut le répéter.
Mais la vie ne lui présentera jamais le cas qu'il a appris à l'école !
La vie va lui présenter autre chose. Elle va lui présenter des difficultés nouvelles, des difficultés qui exigeront de lui, de l'intuition, qui exigeront de lui la compréhension, la synthèse, la recherche, la volonté et la tenacité. Là-dessus le diplôme est muet, complètement muet ; au contraire, il faut toujours dire à un candidat de ne jamais faire preuvre d'originalité. S'il passe un examen, qu'il prenne au contraire s'il le peut, l'avis de tous les professeurs et qu'il leur donne exactement ce qu'ils demandent, qu'il n'aille pas faire autre chose.
Nous nous trouvons dans un pays qui va être en compétition avec d'autres pays et qui se trouve devant le problème suivant : il est devant une poussée démographique certaine, il va se trouver dans six ou sept ans dans la nécessité de fournir de quoi gagner la vie à 3 ou 400.000 garçons ou filles de plus que dans les années précédentes et, pour sélectionner la qualité de ces garçons, pour les diriger, il n'a que des moyens qui ont pu rendre des services dans les années précédentes parce qu'ils étaient compensés par autre chose, par d'autres éléments qui ne jouent plus aujourd'hui ; de même que l'ancien élément héréditaire militaire n'a plus joué entre les deux guerres, parce que les raisons qui poussaient les garçons vers St-Cyr n'existaient plus entre les deux guerres et qu'alors un élément psychologique capital a cessé de jouer, et le diplôme réduit à sa seule valeur de diplôme n'a plus rien donné, car il ne sélectionnait pas du tout des candidats qui avaient des capacités pour être des chefs militaires.
Il y a par conséquent, tout un changement à opérer dans la manière dont les français conçoivent cet objet auquel ils attachent tant de valeur et qui s'appelle le diplôme. Ils considèrent celui-ci, à l'heure actuelle, comme un titre de noblesse. De même qu'autrefois, avec un titre de noblesse on avait droit à certaines fonctions et que ceux-là seuls pouvaient arriver à certaines fonctions qui avaient tant de quartiers de noblesse ; de même certaines fonctions sont réservées à ceux qui passent tels diplômes, qui ont eu la chance, à un moment donné, d'être interrogé sur la partie qu'ils avaient apprise et de pouvoir la réciter conformément à ce que demandait le professeur.
Mais après, c'est un autre problème ...

   Par contre, ceux qui élaborent ces diplômes, à l'heure actuelle, estiment qu'ils ont créé quelque chose de supérieur au point de vue intellectuel car ils sont, eux-mêmes, des intellectuels. Ils pensent que, si on diminuait l'étendue de ces programmes, on diminuerait le niveau intellectuel de la France, parce qu'ils jugent tout le niveau intellectuel d'après le niveau intellectuel des professeurs qui est un niveau très particulier, qui est un niveau exclusivement intellectuel et rien ne peut les faire changer d'avis.
Le personnage le plus élevé dans la hiérarchie universitaire - un des plus élevés - je ne sais pas exactement s'il y en a d'autres au-dessus de lui - c'est le Recteur de l'Académie de Paris, Monsieur SARAIL. C'est un professeur de la Sorbonne de langue espagnole, je crois. Il est devenu Recteur de l'Académie de Paris, il y a deux ans. Il a commencé par dire, dans une séance solennelle où sont invitées des personnalités étrangères, lui étant le grand chef : "Les programmes que nous imposons aux étudiants et aux élèves sont des programmes démentiels, c'est-à-dire bons pour des maisons de fous".

 

corps enseignant 1976

 

                                                                                   Le corps professoral (1976)
        
C'est le grand Recteur de l'Académie de Paris qui le dit dans une séance solennelle ! On aurait pu croire qu'il s'était laissé emporter par un moment d'éloquence, mais il est revenu, il y a quelques jours, sur ce point et il a insisté fortement. Il a pris à partie cette fois, non seulement les programmes mais les livres, en disant qu'on donnait aux élèves des livres profondément ridicules. On n'a pas idée de donner des livres pareils : c'est lui qui en a fait la liste !
Je vous citerai un troisième exemple qui s'est passé également dans mon bureau. Celui-là, je ne sais pas ce qu'il est devenu. C'était un garçon fort intelligent. Il s'était fait renvoyer du lycée en classe de philosophie, parce qu'il tenait des propos communistes. Alors il vient me voir pour entrer en classe de philosophie, je lui parle et il m'expose son cas. Il me dit : "Moi, mon père était adjudant. Il est mort. Nous sommes quatre enfants, je suis l'aîné. Ma mère vit misérablement, je viens de me faire renvoyer du lycée. Moi, qu'estce que vous voulez que je fasse ? Je n'arriverai pas à passer le baccalauréat. Je n'ai pas d'autre solution que de me faire inscrire au parti communiste et de faire ma carrière dans le parti communiste".
Il la fera car il est fort intelligent. Il la fera, mais beaucoup d'autres le feront dans quelques années et ils nous diront : "Ecoutez, vous n'avez pas fourni une société capable de nous donner les moyens d'existence, nous changerons la société !"
Voilà comment cette question joue, à l'heure actuelle, un rôle fondamental. Il faut arriver à trouver les moyens de déterminer le nombre de personnes auxquelles on donnera un métier, le ticket d'entrée qu'on leur donnera pour la carrière et ensuite, organiser dans chaque carrière les moyens nécessaires pour leur donner à toutes l'emploi auquel elles pourront arriver par leur rendement. C'est là le point important de la question dont je vous parle ; il faut la voir, non pas telle qu'elle se présentera dans quelques années, mais dès maintenant parce que la jeunesse commence à grincer.
Il n'y a pas longtemps ... à la réunion de clôture de l'Organisation pour la Promotion Supérieure du Travail, Monsieur DEBRE a prononcé un discours dans lequel, avec une vigueur exceptionnelle il s'est élevé contre le monopole des instituteurs et des professeurs, le monopole des diplômes, en disant : "Il est inadmissible de continuer ainsi !" Lui le Premier Ministre, demande qu'au lieu de s'occuper d'examens et de diplômes, on forme des ingénieurs, on forme des techniciens et après on verra.
Nous sommes arrivés à une situation - et l'on s'en rend très bien compte dans les milieux supérieurs - qui mène à une impasse, à un blocage. La question est en train de "pourrir", comme on dit ; les générations montent, les garçons ont chaque année, une année de plus. Qu'est-ce qu'on va en faire ? Alors, et c'est ce que l'on fait chaque année, on augmente quelques parties du programme du baccalauréat ou de la licence ou des autres examens, afin de ne pas dépasser le nombre habituel, sans se préoccuper de ceux qui n'arrivent pas. Ceux qui n'arrivent pas, qu'est-ce qu'ils vont devenir ? Que vont-ils faire dans la vie, si on ne leur donne pas les moyens de se caser quelque part, si on n'adopte pas pour eux un système qui leur permette d'avoir un billet d'entrée dans une carrière et de se rendre compte de leurs capacités après leur entrée dans cette carrière et non avant.
C'est le système des pays anglo-saxons, c'est le système des pays qui nous entourent. Dans ces pays là, le diplôme est donné au niveau le plus bas c'est-à-dire au niveau par lequel, si on ne possède pas les éléments voulus, on ne peut véritablement pas continuer mais, une fois ce niveau atteint, le personnage est par la suite jugé au rendement. Au fur et à mesure qu'il avance dans sa profession, on le soumet à de nouveaux concours, à de nouveaux examens, à de nouvelles périodes pour voir s'il est capable d'accéder à un rang supérieur : il est perpétuellement jugé au rendement.
Il y a là quelque chose de très profond dans ce qu'on appelle aujourd'hui, le mal de la jeunesse, mais on ne le voit pas où il est. Le mal de la jeunesse, il est dans ceux qui ont entre 16 et 20 ans, qui se trouvent souvent devant des examens dont ils savent que la proportion des reçus est infime et que s'ils échouent ils ne savent pas ce qu'ils deviendront. Par conséquent, ils ne pourront dans la vie faire preuve d'aucune qualité. Ils ont été dès le début, barrés. Dans des examens d'entrée aux facultés des sciences à Marseille, comme le M.P.C, on prend un dixième des candidats et puis aux autres neuvièmes, on leur dit : "Eh bien ! il y a les ténèbres extérieures pour vous !" Et au fur et à mesure augmente le nombre de ceux qui tombent dans "les ténèbres extérieures". Et ceux-là, qu'est-ce qu'ils auront à faire dans la vie ?
L'autre jour, parmi mes jeunes élèves de première, il y en a un, garçon sérieux, mais qui n'ayant pas réussi son devoir, me dit avec un accent désespéré : "Enfin qu'est-ce qu'il faudra que je fasse pour arriver au baccalauréat ? Si je n'y arrive pas, qu'est-ce que je ferai ?"
Or, ceux qui dirigent actuellement la distribution des diplômes ne veulent pas qu'on en distribue plus que ce qu'on en distribuait avant, alors qu'il y avait un nombre de français limité - toujours le même - et que par conséquent, on pouvait très bien obtenir un équilibre perpétuel. Cet équilibre, rompu par la poussée démographique, la question du diplôme passe du plan scolaire au plan social, au plan politique et au plan économique, car il faudra bien trouver les personnalités capables de faire la France de demain, c'est-à-dire une France qui devra nourrir 50 ou 60 millions d'habitants, les nourrir à un niveau de vie suffisamment élevé pour que les français ne pensent pas qu'en somme, ce qu'il y a de mieux, c'est le régime communiste qui, s'il ne vaut pas grand-chose, donne au moins à chacun la possibilité de vivre.
C'est devant ce problème là que vous êtes.
Voilà le double aspect social et particulier, propre à lui-même, dans lequel se présente le diplôme tel qu'il est institué aujourd'hui, en France, et tel que, il continuera d'être demandé s'il n'y a pas un changement.
Tout le mal provient de ce qu'on a laissé les diplômes et l'instruction dirigés par les professeurs. C'était la dernière chose à faire !
Les professeurs sont des techniciens ; ils jouent dans l'enseignement le rôle que joue un technicien dans une affaire. Le technicien est celui à qui vous dites : "Faites ceci" mais ce n'est pas lui qui conçoit, ce n'est pas lui qui voit le but à atteindre. Le but à atteindre est donné par un directeur, par un directeur général, par un conseil d'administration qui, eux, ont un plan, ont les moyens de le réaliser et donnent ensuite à des techniciens, le but à atteindre. Il en a été longtemps ainsi en France. La dernière fois où l'enseignement a été dirigé par d'autres personnes que par les professeurs a eu lieu en 1904.
   

               Départ de Monsieur CHARRET (1987)

Charret - 1987

 


On se trouvait alors dans une situation où le diplôme ne posait pas de problème social : la population de la France était stable ; mais où le diplôme posait un problème d'ordre économique, en ce sens qu'il fallait l'adapter avec des changements qui avaient lieu dans le monde, étant donné qu'on avait à faire avec des diplômes qui dataient d'avant le règne de Napoléon III.
Alors en 1904 il fallait les adapter.
La troisième république décida de modifier le régime du baccalauréat et de l'enseignement supérieur ; elle nomma une commission extra-parlementaire et en confia la direction à une des personnalités les plus importantes de la troisième république : Alexandre Ribot. Ribot avait été Président du Conseil, Ministre des Affaires étrangères ; il était membre de l'Académie française, grand orateur, personnalité compréhensive. Monsieur Ribot a consulté, non seulement des professeurs mais toutes les personnalités importantes du pays. Il a fait venir les professeurs de Faculté pour leur dire : "Quand vous recevez un élève pour être médecin ou pour être avocat, qu'estce que vous voulez qu'il sache ? A quel moment voulez-vous le prendre ? Que désirez-vous qu'il connaisse au moment où vous, vous allez lui imposer l'enseignement supérieur ?"
Il a appelé ensuite les présidents de Chambres de Commerce et leur a dit : "Que voulez-vous que sache un garçon que vous allez mettre dans les affaires ?"
Il a fait venir ensuite les directeurs des grandes firmes industrielles et il leur a dit : "Que voulez-vous que connaissent les ingénieurs ou plutôt ceux qui vont rentrer dans les écoles où on prendra les ingénieurs ? Qu'est-ce que vous voulez qu'ils sachent, de manière à ce que nous établissions un règlement qui permette d'aller de l'enseignement primaire à l'enseignement secondaire et à l'enseignement supérieur. Ce n'est pas aux professeurs à le dire, c'est à vous, puisqu'on n'est pas à l'école pour uniquement apprendre pour apprendre.
On est à l'école pour apprendre ce que l'on va faire plus tard dans la vie".

 

 

 

 

 

 

 


                                                                                                       Classe de technologie (1920)

classe de technologie 1920        
Vous avez tous su que le ministre ne sait pas trop que faire pour le baccalauréat, il ne sait pas trop que faire pour chaque examen, il est en train de se tâter. Il est en train de se poser la question. Mais, s'il n'y a pas l'opinion publique, il ne changera pas.
C'est l'opinion publique seule qui le décidera et qui l'obligera à changer, c'est-à-dire à "renverser la vapeur", à remettre certains examens au point où ils en étaient il y a une centaine d'années, c'est-àdire au moment où le diplôme n'était qu'un moyen d'entrer dans une carrière et puis on faisait la carrière après. Ceux qui entraient dans une carrière où il n'y avait pas besoin de cet examen, ne s'en préoccupaient pas. Ils entraient quelque part et on les jugeait au rendement.
Quand je me suis présenté au baccalauréat, nous étions 25 élèves dans ma classe et pratiquement il n'y en a que 4 qui ont passé l'examen. Les 20 autres ayant décidé d'entrer dans des affaires commerciales, n'ont pas passé l'examen. Ils ne se sont pas présentés.
J'étais pourtant déjà dans une génération où cet examen commençait à prendre une importance d'ordre social ou mondain, mais avant, mon beau-père qui appartenait à une génération supérieure me racontait que lui, à l'école des Pères Jésuites où il était élève en première, ils n'ont été que 2 à se présenter au baccalauréat de la classe et encore, il n'avait obtenu de son père, qui était dans les affaires, le droit de se présenter que parce qu'il voulait être avocat ; mais son père lui a dit : "Si alors tu ne deviens pas licencié en droit, je ne te veux pas avec moi".
Vous voyez que, par conséquent, dans l'espace d'une génération, a complètement changé la manière de fêter l'entrée dans une faculté. On y restait peu de temps, on vous donnait un diplôme et puis vous vous débrouilliez. La vie après vous jugeait.
Ce diplôme est devenu "titre - fonction" grâce auquel on peut avoir une fonction et être sûr de l'employer.
        
           "Technologie", beaucoup plus tard (1993)

classe de technologie 1993


Or, ce diplôme à l'heure actuelle a deux défauts :
1. Il ne correspond plus avec la masse de la population qui monte, il ne correspond plus à la multitude d'emplois qu'il faut prévoir et d'emplois de différents genres.
2. Il est insuffisant pour détecter les valeurs réelles ; vous êtes tous maintenant assez avancés dans la vie pour le savoir. C'est quand on a terminé les études, quand on est au contact des réalités qu'alors on donne sa pleine mesure ; c'est à ce moment là que, continuellement, les valeurs sont renversées et que celui qui avait été un bon élève, parce qu'il avait des facultés d'assimilation et de mémoire, et qu'il n'avait que celles-là, n'arrive pas à dépasser le stade scolaire. Il reste toute sa vie un enfant, un écolier ou un diplômé prolongé.
Il y a deux vers d'un poète d'autrefois, qui disent :

"Il n'est d'amours réelles que d'âmes achevées,
d'âmes dont le destin a fini la structure."

Ce que dit ce poète sur l'amour se dit sur toutes les réalités et sur toute l'activité de la vie. Il n'est d'homme complet que celui dont le destin a terminé sa structure, c'est-à-dire celui qui a été capable de montrer toutes les virtualités qu'il avait en lui. A ce moment là alors, on peut dans la vie juger ce dont il est capable ; tout le reste est bon pour savoir les éléments de base, ceux sans lesquels on ne peut pas commencer une carrière mais, une fois acquis ces éléments, c'est la carrière, après, qui forme l'homme et non pas l'homme qui détermine la carrière.

Dans les écoles primaires depuis quelques années, on fait du secondaire. Dans les écoles secondaires, on fait du supérieur et nulle part l'on fait ce que l'on doit faire. Celà provient de ce que l'enseignement est dirigé par les professeurs. Il y a eu avant-hier - j'en ai lu, ce matin, le compte-rendu dans un journal de Paris - un colloque dans une localité près de Paris, à Royaumont, entre d'une part les industriels et d'autre part, des professeurs de Faculté, pour arriver à se mettre d'accord pour savoir ce qu'il faut enseigner pour le métier que les étudiants doivent faire plus tard, et non pas pour leur enseigner quelque chose dont ils n'auront pas à se servir. Mais, hélas, pour un professeur, l'idéal c'est de faire rentrer dans la tête des enfants les derniers résultats de la science.
Voilà comment doit se poser en France, le problème de la réforme de l'enseignement. Il dépasse le plan scolaire. Il doit correspondre à deux nécessités : la première, c'est de trouver libres et à un niveau suffisant les nouvelles générations et le second moyen c'est d'arriver, au fur et à mesure que pour ces générations il faudra augmenter la production, à trouver les moyens capables à tous les échelons de fournir ces moyens de production.
Remarquez que, dans la vie moderne et dans la vie financière actuelle, il y a déjà des tentatives considérables qui sont faites. Je suis étonné de lire constamment, dans les journaux de Paris, le nombre d'écoles que créent les professions pour arriver à créer des stades supérieurs dans la profession elle-même considérant que, en somme, les diplômes acquis au début ne donnent pas des résultats suffisants.
Et, dans les écoles de secrétariat j'ai lu, hier, en passant dans la rue Breteuil, une belle affiche dans laquelle on devait faire des cours pour former des jeunes gens pour le commerce extérieur. C'était une initiative privée ! Celle là correspond exactement à la réalité. Nous avons, absolument, besoin d'utiliser les ressources de la France à tous points de vue pour arriver à écouler nos produits le plus possible. Pour cela, il faut qu'ils y aient appris autre chose que ce qu'on apprend dans les facultés ou les écoles.

 

M Fuzet
        Classe de Mr Fuzet (1954)


Qu'ils apprennent d'abord, pendant quelques années, ce que c'est qu'une affaire ; par le contact de la vie et des hommes d'affaires, ils sauront comment on la fait progresser. Ces mouvements qui ont lieu partout, qui ont lieu dans toutes les entreprises, prouvent que, en France, il y a une sorte de "fermentation" par laquelle on se rend bien compte que le système actuel est un système dépassé, qui n'est plus en rapport avec le mouvement de la population, avec le mouvement de la production économique, avec le "mouvement général" qui entraine la société moderne et que, par conséquent, il faut moderniser l'instruction. Il est très fâcheux que pour la transformer, on ne fasse appel qu'à des techniciens alors qu'il faut faire appel aux "grands chefs", à ceux qui ont les responsabilités générales, à ceux qui, par conséquent, sont capables de voir haut et loin, et eux seuls détermineront ensuite à chaque technicien la tâche qu'il a à remplir.

 

inaug 1986 inaug2 1986

 

                                                                                Inauguration nouveaux locaux (1986)

 


        
C'est de cet ensemble de mouvements actuels qui se créent partout pour arriver à donner ce qui manque à l'enseignement officiel que doit naître l'enseignement de demain, et que doit naître la réforme véritable du diplôme, celle qui permettra aux garçons, même si à 17 ou 18 ans ils ont été de mauvais élèves, de se dire qu'ils sont capables de faire quelque chose de leur vie et que s'ils donnent vraiment de leur intelligence, de leur volonté, de leur endurance, ce n'est pas parce qu'ils auront échoué à 18 ans à un examen, que la voie est définitivement barrée pour eux.
Là est le grand problème et, je vous le répète, si on n'y prend pas garde, alors les trois cas que je vous ai indiqués dans mon bureau, se répéteront sur une vaste échelle et on se trouvera devant un mouvement social extrêmement profond, car il ne dépendra pas simplement d'une propagande idéologique mais dépendra de nécessités vitales. Ces enfants que la société crée, ces enfants auxquels la société a donné des allocations familiales pour qu'ils se développent, ces enfants auxquels la société a donné des écoles, on les conduit devant un précipice devant lequel on ne leur donne rien.
A ce moment là, ils chercheront une autre organisation sociale qui leur permettra de vivre. Dans le discours auquel je faisais allusion tout à l'heure, Monsieur Debré a terminé d'ailleurs de la même manière en disant : "D'ailleurs s'il y avait une révolution sociale, il n'y aurait pas besoin de diplôme et les révolutionnaires trouveraient en eux des gens capables pour faire la révolution". C'est-à-dire des gens qui à ce moment là se déploieraient dans toute leur ampleur intellectuelles et dans leur ampleur de volonté. C'est ainsi que se créent les "grands chefs" au moment des révolutions. C'est une perspective qui dépasse de beaucoup les diplômes, mais c'est une perspective à laquelle il faut réfléchir. Elle est pendante d'ici quelques années et pas pour longtemps. C'est un problème de tous les jours qui se pose dans les milieux populaires et qui se posera dans les milieux bourgeois parce qu'il faudra arriver à donner à tous ceux qui montent dans la vie, les moyens de vivre et les moyens de vivre honorablement. Ou bien la société sera capable de fournir ces moyens là comme elle le fait en Amérique, ou bien la société française ne sera pas capable de les fournir et alors, forcément, elle sera en proie à des secousses et des soubresauts extrêmement violents, que provoqueront les jeunes générations. Je vous ai étendu très loin la question du diplome. Elle dépasse de beaucoup la question de savoir si le baccalauréat aura lieu en février ou en juillet, s'il portera sur telle ou telle matière. Elle porte sur la notion même du diplôme, sur sa valeur dans la société d'aujourd'hui et pour savoir si cette valeur peut lui être gardée dans la société de demain, à quelle condition elle lui sera gardée pour que ce diplôme soit un instrument de progrès social et non pas un instrument de stabilité ou de stagnation sociale. Ne croyez pas que là dessus ce seront les professeurs qui vous tireront d'affaire, au contraire, ce sont des "naufrageurs", ils le disent d'ailleurs eux-mêmes quand ils causent entre eux. Il y a un des professeurs éminents du lycée Thiers qui est un homme supérieur comme intelligence, mais qui est tout à fait le type même de l'intellectuel, c'est-à-dire que pour lui, en dehors de ses livres, sa vie se déroule très loin et qui - considérant que ce qu'il enseigne n'a pas grand intérêt pour les élèves auxquels il enseigne - me disait : "Voyez-vous, je ne sais pas ce que vous, vous faites, mais moi je suis un genre "d'antropophage", je dévore la substance de mes élèves, je les prends, je les fais travailler, ça ne leur sert à rien mais ça me sert à moi : ils font de bons devoirs, ils répètent très bien ce que je leur enseigne. "Voyez-vous", (comme c'est un homme spirituel) il a ajouté : "Quand ils me répètent très bien la leçon, je considère que je suis Dieu le Père, eux c'est Dieu le Fils, il manque généralement le Saint-Esprit. C'est, savez-vous, un problème qui se pose continuellement dans l'histoire de France."
Pour terminer ce tableau, je vous citerai une maxime pessimiste, écrite par un historien de grande classe mais qui voit les choses d'un oeil averti, un peu féroce : "J'ai longtemps étudié l'histoire de France. L'histoire de France c'est la longue lutte entre la fécondité de la race et la stérilité des gouvernements". Eh bien ! ces paroles d'Etienne Lamy sont des paroles profondes. Elles révèlent en tous cas, une très grande part de vérité. C'est que véritablement en France, il y a des individus.
Quand les individus réunis travaillent et font quelque chose, ils réussissent, mais il ne faut pas qu'ils comptent sur l'Etat. Il faut qu'ils comptent sur eux-mêmes, sur leur valeur personnelle et sur leur valeur de groupe.
Alors, à ce moment là, ils produisent mais qu'ils pensent bien que c'est à eux à diriger et qu'ils n'attendent pas de "lumière supérieure". Je ne doute pas que les jeunes qui montent, soient parfaitement capables de résoudre le problème.

 


Le tout c'est que vous qui êtes plus avancés qu'eux dans la vie, vous leur fournissiez les moyens d'y arriver ; que vous vous posiez très bien le problème pour vous et pour vos enfants, et vous dire : "Que feront-ils plus tard, vers quoi pourra-t-on les diriger, quels moyens va-t-on leur donner d'accéder et comment pourront-ils dans la vie, témoigner et développer les qualités que nous avons mises en eux. Par quels moyens, par quels procédés ?"
En France, les jeunes considèrent l'avenir avec inquiétude parce qu'il y a toujours devant eux cette barrière du diplôme ; il n'en est pas de même dans les autres pays où on sait que, une fois l'individu lâché dans la vie, s'il fait preuve de qualités profondes, il se débrouillera et il arrivera.

 

 

                   Le nouveau lycée - La Valentine (2000)

 

nouveaulycee2000        
Je ne sais pas si vous avez lu, dans les journaux qui parlaient de l'élection de Monsieur Kennedy, cette réflexion fréquente que Monsieur Kennedy appartient à une famille très riche et que Monsieur Nixon appartient à une famille modeste. Dans l'élection des Etats-Unis, la situation sociale supérieure de Monsieur Kennedy ne témoigne d'aucune envie de la part des électeurs et la situation modeste de Monsieur Nixon ne lui a pas donné des électeurs en plus, parce qu'aux Etats-Unis, chacun se dit qu'il peut très bien arriver à la situation de Monsieur Kennedy et s'il y est arrivé, c'est que lui ou ses parents avaient déployé des qualités par lesquelles ils la méritaient et que, à leur tour, ils peuvent jouer leur sort dans la vie.
C'est ce qu'il faut donner aux jeunes. C'est de leur dire qu'ils ont la possibilité, plus tard, de se déployer, que c'est à partir de 20 ans, quand ils auront acquis les éléments nécessaires, s'ils en ont la volonté, le courage, la persévérence et l'intelligence, que toutes les voies leur seront ouvertes, comme les ouvriers américains. Monsieur Debré le disait aussi dans ce même discours très intéressant : "En Amérique, un chauffeur de taxi peut entrer dans une faculté et sortir docteur".

Il faut savoir qu'en Amérique, on peut être chauffeur de taxi, après avoir passé des diplômes, parce que les américains ne font aucune différence entre les métiers. Etre chauffeur de taxi leur paraît tout à fait normal si ce métier là permet à celui qui est chauffeur de continuer ses études. Donc, un chauffeur de taxi peut se débrouiller pour entrer dans une faculté ; mais il pourra y entrer parce que, dans la faculté, on ne lui demandera pas à l'entrée des diplômes très élevés. On le laissera passer s'il a le minimum et puis on lui dira : "Mon ami, on verra ce que vous faites, si vous faites très bien, personne dans dix ans ne vous demandera si vous avez été chauffeur de taxi. Peu importe, on verra ce que vous faites entre 30 et 40 ans".
C'est un peu de ces nouveautés qu'il faut que vous apportiez. Il peut vous paraître étrange que moi qui ai passé ma vie à "faire des bacheliers", qui en ai fait je ne sais pas combien, je puisse vous parler ainsi au sujet des diplômes. C'est parce que, précisément au-delà des diplômes, les réalités de la vie m'ont fait connaître tellement de monde, m'ont fait suivre dans la vie tellement de personnes, que je me suis alors rendu compte de toutes les réussites insoupçonnées actuellement, et "qu'à contrario" était catastrophique la manière dont en France on distribue les diplômes à petite dose sans savoir si on les distribue bien et en leur donnant une valeur exagérée. Le diplôme à 20 ans n'est pas un fauteuil dans un conseil d'administration, ce n'est pas un poste de directeur, c'est un poste par lequel on peut avancer dans la vie mais c'est tout.
Après, la vie, c'est-à-dire le courage, la persévérance, l'intelligence, la vie alors, c'est elle qui est le grand détecteur, c'est elle qui met les gens à leur place.
Ce qu'il faut permettre à tous, c'est d'avoir cette place et la meilleure place, c'est-à-dire celle que chacun mérite...