Paul Mélizan, le Fondateur

 

 

PAUL MELIZAN : 1882-1968
 
 
Croix de Guerre 1914-1918                                                                                        

Chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire

Officier de la Légion d'Honneur (Éducation Nationale)

Chevalier des Palmes Académiques

Chevalier de l'Ordre de Saint Grégoire     
 
 
Sa forte personnalité se manifeste dans 4 directions.
 
 
 
L'HUMANISTE
 
 
Une culture exceptionnelle dans tous les domaines, sans érudition inutile. Journaliste, conférencier, enseignant, il transmettait cette culture avec passion dans un langage d'une clarté lumineuse.
 
 
Il savait écouter sans imposer son expérience de vie ou sa sagesse.
 
Sa porte était toujours ouverte pour ceux qui venaient lui demander conseil.
 
Il émanait de lui une bonté rayonnante, pleine d'humilité et d'espérance.
 
 
 
LE VISIONNAIRE
 
 
Voici quelques réflexions, à lire attentivement et en observant les dates indiquées, pour mieux se rendre compte de la vision, souvent prophétique, de Paul Mélizan.
 
 
     "Ou bien la société libre sera capable, en se réformant elle-même de fournir aux jeunes les moyens de vivre honorablement, ou bien elle n'en sera pas capable. Alors elle sera en proie à des secousses et à des soubresauts extrêmement violents."
(Aux Anciens élèves : 1960)
 
 
     "Il se créera un état d'esprit européen dont j'aperçois les premiers germes dans les générations qui viennent."
(Aux Anciens élèves : 1962)
 
 
     "La démocratisation de l'enseignement doit se réaliser en même temps que l'ennoblissement des carrières."
(Aux membres de la Chambre de Commerce : 1966)
 
 
     "Les programmes que nous proposons aux élèves sont démentiels : un élève de Terminale, non surdoué, doit travailler 60 heures par semaine."
(Aux Anciens élèves : 1960)
 
 
     "Les élèves actuels sont une génération de cobayes."
(Aux Anciens élèves : 1962)
 
 
     "Le diplôme à l'heure actuelle a deux défauts : il ne correspond plus à la masse de la population qui monte et il est insuffisant pour détecter les valeurs réelles."
(Aux Anciens élèves : 1960)
 
 
On pourrait multiplier les exemples, comme celui de la prévision de l'Armée de métier faite dans un discours aux Anciens élèves en 1962. Ce sens visionnaire lui a permis de préparer des générations d'élèves aux responsabilités qui les attendaient dans la vie.
 
 
 
LE PÉDAGOGUE
 
 
Il avait deux principes simples, mais forts, même s'ils paraissent contradictoires :
 
     "Tout enfant est unique."
 
     "Tout enfant doit apprendre à vivre avec les autres."
 
 
"Tout enfant est unique" demande de prendre l'enfant ou l'adolescent là où il en est, avec ses qualités et ses défauts, son environnement familial, ses possibilités intellectuelles et physiques, et le faire progresser : "celui qui arrive dernier dans une course a plus de mérite que celui qui a trouvé une excuse pour ne pas courir".
 
Il est important de développer chez l'enfant ou l'adolescent tout son potentiel, sans le réduire aux qualités intellectuelles : "la véritable intelligence est le bon sens, le reste n'est que de l'intellectualisme".
 
Disciple de Montaigne, Paul Mélizan a toujours préféré une "tête bien pleine que trop pleine".
 
Cette éducation personnalisée demande une connaissance parfaite de chaque élève, et une disponibilité totale pour recevoir celui qui frappe à la porte : ce que possédait à la perfection Paul Mélizan.
 
Il faut enfin "savoir encourager : la note est un moyen pédagogique, elle n'est pas une sanction".
 
 
"Tout enfant doit apprendre à vivre avec les autres" demande une attention permanente pour faciliter la vie en communauté. Aussi a-t-il toujours voulu un établissement à "taille humaine", où l'on puisse se connaître, dans lequel personne n'est exclu quels que soient ses moyens financiers, sa classe sociale ou la situation de ses parents. Apprendre aux jeunes que la différence entre eux est une richesse dont profite l'ensemble, apprendre à accepter l'autre sans renier sa personnalité, etc...
 
"Et pour se connaître, à cet âge, un des meilleurs moyens est le jeu". Donner aux élèves des espaces de liberté où ils peuvent jouer ensemble, que ce soit sur un terrain de sport, sur les planches d'un théâtre ou dans un atelier à réaliser une oeuvre d'art ou une maquette.
 
Développer toutes les possibilités de l'élève pour le préparer à prendre dans la vie la place qui lui convient le mieux, pour lui et les autres : "L'Ancien élève de Mélizan est celui qui, dans la vie, lorsqu'une responsabilité se présente à lui, la prend".
 
Cette pédagogie exige de la part de l'éducateur, avant toute chose, une grande dose d'amour. C'est là que résidait le secret de Paul Mélizan et c'est ce qui explique l'attachement que lui ont porté tous ses Anciens élèves : ils se sont sentis aimés par un père.
 
 
 
LE CHRÉTIEN ENGAGE
 
 
Paul Mélizan n'avait pas vingt ans qu'il allait déjà faire des conférences contradictoires dans les cafés ou des causeries dans les paroisses pour défendre, expliquer et soutenir les idées, révolutionnaires à l'époque, sur la doctrine sociale de l'Église du Pape Léon XIII.
 
 
C'est son engagement chrétien qui le décida à prendre les responsabilités dans l'Enseignement Catholique. Nous sommes en 1904, il prépare son agrégation de Lettres à Paris, lorsque le ministère Combes décide d'interdire aux Ordres religieux d'enseigner. Il estime que c'est aux laïcs à prendre la relève et accepte la direction d'une petite école qui deviendra l'institution Mélizan. Toute sa vie, par ses conférences, ses articles dans la presse catholique, il continuera à défendre les idées sociales de l'Eglise, en s'engageant chaque fois qu'on le lui demandait.
 
 
Son engagement était soutenu par une foi solide et profonde qu'il puisait dans la messe quotidienne et une vie de prière intense. C'est ainsi qu'il dirigea pendant soixante ans l'Institution, jusqu'à son dernier jour, le 27 juin 1968, après les événements de mai qu'il avait prévus huit ans auparavant.