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Vendredi 17 février à 18h



au lycée Paul Mélizan, je vous emmène en voyage.

 

Permettez, ce soir, que je détache les nœuds et les ganses et que je vous délivre… quelques passages de mon livre.

Revivez le temps de quelques textes caléidoscope la douce époque où l’on vous faisait la lecture.

Petit moment de partage interactif saupoudré d’émotion et de surprises.

 

« Il reste toujours du parfum à la main qui offre des roses ».





 

Ecrire à la craie

 

 

soirée lecture 

 

 

Je préfère le côté lisse de la vieille ardoise. Celui où le quadrillage n'impose pas aux mots la rigueur de la ligne.

 

La poussière de craie tombe comme des miettes de phrases qui salissent les manches. L'éponge humide épuise sa salive et ne parvient jamais tout à fait à faire disparaître les mots d'avant. Elle laisse sur la nuit du tableau un voile nuageux et laiteux couleur de nostalgie. Les jolis mots ne s'effacent jamais.

 

Les lettres qui tombent le jour, au bas du tableau noir peuvent servir encore. Elles se rassemblent le soir, au départ des enfants et s'amusent à construire des phrases interdites. Elles vibrent souvent dans leur ballet nocturne avant que ne revienne la ronde des petits. Et c'est dans un autre balai qu'elles meurent au matin la conscience apaisée d'avoir servi à tout.

 

Car c'est bien pour punir le maître bien trop sage que la craie se casse ou fait crisser sa voix.

 

Si vous devinez sur le haut de l'ardoise un petit trou vieilli, c'est qu'il faut la suspendre comme un tableau, comme la vie, un jour, et se tourner un peu. C'est que même si la craie n'est pas de couleur, ce qui est écrit en blanc nous colore le cœur.

 

Les souvenirs d'enfants restent accrochés aux portemanteaux des couloirs d'écoles. Ils sont là, oubliés depuis toujours pour certains. Il fait sombre, aucun bruit, la classe dort. Dans la cour ne vole que le bruissement roux des feuilles d'automne.







Le pas d'un rêve d'adulte effleure le silence, il revient en cachette reprendre un peu de lui. Plus personne n'est là.
 
Hier il a croisé un copain de sa classe en achetant le pain. Il ne l'avait pas reconnu. Il a été surpris de ne plus avoir aucun secret à lui confier, dans sa poche plus aucune bille. Ils ont parlé un peu comme on parle au facteur. "Madame Pinchard ?  Elle est morte l'hiver dernier…  je crois qu'elle avait un fils".
Alors, en tournant le dos à cet ancien inconnu il a honte et il pleure.
Il croque un coin de sa baguette comme il le faisait en revenant de l'école.
Cette nuit, il retournera encore dans sa petite classe, il marchera lentement vers sa vieille maîtresse, l'embrassera au front et lui dira MERCI. 


 

Jean-Louis Arnaud

Enseignant - lycee Paul Mélizan